Protection amovible pour les systèmes d’endiguement

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illustration Protections amovibles pour les systèmes d’endiguement

Credits photos : Givet – ESTHI France

Batardeaux en aluminium, boudins anti-crue remplis d’eau ou d’air : ces dispositifs amovibles complètent les protections des systèmes d’endiguement. Leur pose et leur maintenance demandent une organisation spécifique.

C’est dans les Ardennes à Givet, en bord de Meuse que se trouve la protection amovible contre les inondations la plus longue de France : 2,3 kilomètres environ, répartis sur les deux rives, depuis 2011. « C’est un système avec trois niveaux d’alerte », explique Loïc Perret, patron d’EsthiFrance, la société qui a fourni les batardeaux amovibles (1). Le dispositif combine des parties fixes (murets) et des parties amovibles (poutrelles et batardeaux en aluminium), ces dernières étant déployées uniquement en cas de crue.

L’ensemble a été décidé par la ville de Givet après la crue cinquantennale de 1995, avec l’aide à l’époque (2011) du bureau d’étude Egis Eau, pour un budget total de 20,5 millions d’euros. Le dispositif est en partie inspiré de murs similaires érigés à Cologne au milieu des années 2000 et à Prague.

 

Trois niveaux à Givet
«Lorsque la Meuse atteint un débit de 450m3/s, contrôlé via la station limnimétrique de Chooz sur l’île Graviat, on installe les premiers équipements de protection sur tous les points bas, essentiellement sur la rive droite. On ferme aussi les regards dans les rues. C’est ce qu’on appelle la phase 1», expliquait Alexandre Prescler, responsable adjoint des services techniques à la ville de Givet, en 2018 (2).

Alors que le niveau 1 est déployé couramment depuis 2011, le niveau 2 a été installé pour la première fois en 2018, et le niveau 3, qui correspond à la protection maximale et à un débit de 1030 m3/s, jamais à ce jour intégralement. Il faut dire qu’il correspond à une crue centennale, 30 cm au dessus de la crue de 1995.

Mise en place des ancrages – Givet – Crédits : ESTHI France

 

400 mètres à Boé
Pour trouver en France une digue amovible semblable à celle de Givet, c’est au bord de la Garonne qu’il faut aller. A Boé, sur l’agglomération d’Agen, un mur similaire de 400 mètres de long a été installé en 2019, pour protéger la commune contre les crues trentennales. Le dispositif est constitué d’un muret fixe en béton, érigé sur des palplanches et d’une partie temporaire et amovible : des poteaux en aluminium de 4 mètres de hauteur et des poutrelles qui s’enfilent, formant un rideau d’étancheité. «Il y a deux niveaux de sécurité, le niveau 1 où on ferme seulement les traversées, par exemple de voirie, avec les batardeaux et le niveau 2 où on monte tout le système », explique Julien Delange, technicien au Service Milieux Aquatiques, Eaux pluviales de l’agglomération d’Agen. L’ensemble fait partie d’un système d’endiguement qui inclut une digue en terre, des palplanches et une partie en pierre.

Batardeaux et digues amovibles en place – Agen – Crédits : Agglo Agen

 

Avantages esthétiques et paysagers
Ces rideaux de batardeaux amovibles en aluminium ont pour principal intérêt, d’après leurs promoteurs,  de diminuer l’impact paysager d’une protection permanente (pas de barrière coupant la vue du cours d’eau) et de maintenir le lien des habitants avec le fleuve. A Haroué, commune rurale de Meurthe-et-Moselle dotée d’un château classé du 18ème siècle, c’est aussi pour des raisons paysagères qu’un système amovible a été imaginé, contre les crues du Madon. Le projet a d’abord été intégré dans le PAPI d’intention Meurthe Madon, avec un objectif de protection centennal. Mais « l’objectif centennal s’est révélé impossible», explique Anne-Laure Goujon, de l’Etablissement Public Meurthe Madon. Le projet a ensuite été redimensionné pour une protection décennale : il s’agirait d’un linéaire de batardeaux aluminium hauts de 20 cm, installé sur un muret de 60 cm. Début 2022, le projet était toujours à l’étude.

 

Besoins en installation
Ces installations nécessitent des moyens humains adaptés. A Givet, une quinzaine d’agents municipaux (ou sous-traitants) sont à mobiliser pendant environ 3 jours pour installer le dispositif de niveau 2. A Haroué, l’installation serait beaucoup plus rapide vu le linéaire réduit, mais il faudrait probablement faire appel à une réserve communale, estime Anne-Laure Goujon, faute d’avoir un personnel communal disponible sur place. A Boé, pour les 400 mètres, « en 8 heures de temps le système est monté », explique Julien Delange, en associant du personnel de la commune avec un renfort de l’agglomération et d’un prestataire privé. « Le système demande une organisation conséquente », reconnaît Julien Delange : 16 personnes au total.

Outre les moyens à prévoir pour l’installation, ce type de protection nécessite un lieu de stockage. Autre impondérable enfin : un entraînement à la pose régulier. A Givet, une partie du rideau de protection est testé à blanc chaque année. Même chose à Boé, où il est prévu de monter le dispositif une fois par an. Pour ses promoteurs, cet exercice annuel contribuerait à la cohésion d’équipe et à construire une culture partagée du risque.

Installation des équipements – Givet – Crédits : ESTHI France

 

Autorisations environnementales
De tels systèmes amovibles ont vocation à être intégrés dans un système d’endiguement, déclaré et autorisé administrativement. Y-a-t-il des difficultés particulières lors de l’instruction des dossiers d’autorisation, qui seraient liées à la partie amovible ? Nous n’avons pas eu de réponses pour la digue de Givet, car le dossier de régularisation administrative était en cours d’instruction. A Boé, le dispositif amovible a été autorisé administrativement, sans encombres. « Dès le début, les services de l’Etat ont eu connaissance du système amovible. Cela n’a pas posé de problème particulier», explique Julien Delange. Un plan de gestion spécifique a tout de même dû être ajouté au dossier. Il précise le plan de montage, les instructions de pose et l’entretien des batardeaux.

 

Analyse technico-économique
Ces installations ont un coût non négligeable, d’après une étude commandée par l’Etablissement Public Loire. Intitulée « Analyse technique de mise en oeuvre de la solution digue amovible dans les dispositifs de protection contre les crues », l’étude, qui date de 2018, ne détaille pas les cas d’usage de ces protections, mais elle fournit des précisions technico-économiques, en particulier sur les « digues amovibles avec ancrage » comme celle de Givet ou Boé et comme celle de Prague (installée par la société tchèque Eko-system).

Le retour d’expérience obtenu auprès de Givet dans cette étude indique que «la fourniture des équipements, les études et les travaux de génie-civil peuvent être estimés à un prix compris entre 5000 €/ml à 7000 €/ml ». Le coût global, à Givet, était de 6765 €HT / ml pour une hauteur de 3.4m, études travaux et génie civil inclus. La durée de vie de l’équipement serait « de 20 à 30 ans ».

Protections sans fondation
Autre solution amovible face aux crues, des systèmes de boudins flexibles, qui peuvent être déployés en complément d’une protection permanente. Les boudins, qui sont en général remplis d’eau ou d’air, offrent une protection de faible hauteur, qui peut être installée en bord de cours d’eau ou dans une ville, par exemple pour faire face au ruissellement. « L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de fondation, le système est totalement mobile et rapide à déployer. L’inconvénient, c’est qu’il est moins fiable, il y a plus de risques de défaillance », estime Loïc Perret. Ces protections sont aussi utilisées dans le cadre de travaux de restauration des milieux, pour sécuriser les chantiers et pour protéger le milieu (par exemple contre des transports solides dans le cours de d’eau).

Une défaillance, c’est ce qui est arrivé au système de boudins anti-crue de Louhans, à l’été 2021. Dans la ville de 6300 habitants, siège de Bresse Louhannaise Intercom’, des boudins anti-crue avaient été disposés en centre-ville en juillet pour bloquer la montée des eaux de la Seille (affluent de la Saône). Les boudins, fournis par une entreprise locale, étaient retenus par des plots en béton. Hélas « quand l’eau est montée, ils se sont mis à flotter, et l’eau est passée dessous. Et une fois qu’ils flottaient, ils sont partis… », expliquait le maire de Louhans, Frédéric Bouchet, au journal de Saône-et-Loire (3).  Cette mésaventure ne disqualifie pas le système, mais elle impose de bien penser son installation et son arrimage en temps de crue.

 

Qu’il s’agisse d’une protection sur un long linéaire ou d’une protection plus réduite, avec ou sans fondations fixes, le choix de la bonne solution nécessite de bien anticiper les cas d’usage et l’organisation de pose et de stockage. Autre enseignement, les systèmes amovibles sur un long linéaire restent rares en France.

 

(1) Basée à Villeurbanne, Esthifrance, une société de 9 salariés, est intégrateur de solutions anti-inondations.

(2) Source : L’Union, 23 octobre 2018

(3) Source : Le journal de Saône-et-Loire, 17 juillet 2021